L’agriculteur pour le brasseur, le brasseur pour l’agriculteur.
Débloquer la filière courte au niveau local.
20 jan, 2023
7 min de lecture

L’agriculture biologique est bien plus qu’un simple label, et ça, Hilde Nechelput et Seppe Holmans en sont convaincus. Ces deux-là sont le moteur de la ferme biologique Dubbeldoel située dans le Pajottenland, qui fournit des céréales à la brasserie et en récupère la drêche en échange. On peut parler d’économie circulaire pour faire chic, mais en gros, cette pratique rend simplement notre terroir plus sain.

“Vous voulez une petite glace? Attendez, je vais vous en chercher une. Banane ou caramel beurre salé?“ L’accueil du couple d’agriculteurs est aussi chaleureux que leurs glaces sont fraîches. Nous sommes à Gooik, dans la Zwartschaapstraat, sur une petite route qui sillonne le paysage vallonné du Pajottenland. C’est ici que se cache la ferme Dubbeldoel.

Hilde et Seppe font partie des familles d’agriculteurs avec lesquelles 3 Fonteinen collabore de manière circulaire. Ils fournissent à la brasserie une excellente orge brassicole et du blé brut de qualité, ensuite la brasserie renvoie la drêche à la ferme. (La drêche est ce qui reste du grain après le brassage.) Leurs vaches raffolent de cette bouillie de résidus sucrée, riche en protéines et en fibres. Et la brasserie leur achète également de la charcuterie et des glaces pour le lambik-O-droom.

Une vache n’est pas l’autre.

Le lait utilisé pour fabriquer la crème glacée provient de leurs propres vaches. Hilde et Seppe en possèdent environ 140, veaux inclus. Ici, les animaux adultes sont ‘dubbeldoel‘, c’est-à-dire ‘à double usage‘, puisqu’ils sont à la fois utilisés pour la production du lait et la production de viande. Si c’était autrefois considéré comme tout à fait normal, depuis l’industrialisation de l’agriculture, il est très rare que les agriculteurs cherchent encore les bonnes races pour maintenir un équilibre sain entre le lait et la viande au sein du troupeau.

Les vaches de Dubbeldoel.
Les vaches de Dubbeldoel.

En plus des vaches, nos deux agriculteurs élèvent également des porcs et réservent une grande partie de leurs 55 hectares aux pâturages ainsi qu’à la culture de céréales et de trèfles. Vingt hectares de leurs terres agricoles sont des réserves naturelles. Le sol lui-même est donc ‘à double usage‘. En bref, il y a plus de raisons qu’il n’en faut pour qualifier l’ensemble de l’exploitation de ‘Dubbeldoel‘.

“Tante Godelieve n’utilisait déjà plus de pesticides ou de lisier. Nous avons tout bonnement continué à gérer les pâturages de manière naturelle. L’intérêt était simplement déjà là. Ce n’était pas vraiment une décision calculée.”

C’est en 2009 que Seppe et Hilde décident de reprendre la ferme de Godelieve, la tante de Hilde. Il s’agissait d’un choix évident pour la jeune femme qui avait grandi dans et autour de cette ferme. Le passage à une exploitation biologique tombait également sous le sens. ”Tante Godelieve avait déjà banni les pesticides, elle faisait appel au désherbage mécanique. Et elle utilisait son propre fumier de ferme au lieu du lisier. Nous avons tout bonnement continué à gérer les pâturages de manière naturelle. On a installé des haies, planté des vergers... L’intérêt était simplement déjà là. Ce n’était pas vraiment une décision calculée”.

Pour Seppe, c’est une autre histoire. ”Quand on a dix-huit ans, on ne sait pas vraiment ce qu’on veut faire, pas vrai? J’ai même voulu entrer dans le showbiz. Mais quand votre petite amie passe autant de temps à la ferme, cette période d’hésitation ne dure pas longtemps.” Après un détour par la Nouvelle-Zélande, le voilà à Gooik. ”Mon aventure là-bas était très intéressante d’un point de vue professionnel, mais il s’agissait d’une ferme industrielle avec 1.200 vaches. Cet aspect grande échelle ne me convenait pas.”

La belle contrée du Pajottenland.

Une histoire locale résonnait d’autant plus. Car Seppe considère toujours la région du Pajottenland comme le grenier à blé de Bruxelles. “Élever des vaches et conduire un tracteur ici, ça donne un peu l’impression d’être dans le parc de Bruxelles. La ville est notre cliente. Et la reconnaissance que nous recevons des gens nous rend fiers.“

“Si vous saviez combien de fermes sont vendues aujourd’hui pour y faire des appartements!”

Et c’est ainsi que le couple a poursuivi l’exploitation agricole, satisfaits et convaincus par l’agriculture biologique. Peu à peu, leur approche a naturellement donné naissance à quelques espèces d’herbes rares dans les pâturages. “Le maintien de ces prairies et paysages de valeur historique était vraiment nécessaire, à mon avis“, poursuit-il. “C’était contraire aux recommandations de certains spécialistes qui nous avaient conseillé de réensemencer avec des cultures directement rentables.“ Seppe et Hilde ont opté pour le trèfle, une reconversion qui enrichirait la terre au lieu de l’épuiser. “Et nous restons fidèles à notre vision. Si vous saviez combien de fermes sont vendues aujourd’hui pour y faire des appartements!”

Pâturage sur les grandes prairiesdu Pajottenland.
Pâturage sur les grandes prairiesdu Pajottenland.

La culture traditionnelle du maïs ne les intéressant plus du tout, ils l’ont totalement abandonnée. “Ce mélange de trèfles est extrêmement important“, ajoute Hilde, “c’est simple: il s’agit de la meilleure alimentation pour les vaches. Complètement différent du maïs et de l’herbe mélangés au soja sud-américain.“

“Le bio ne concerne pas seulement les méthodes de production. C’est également très lié au paysage, au soin porté aux animaux, à l’impact social, etc.“

Il va sans dire qu’un tel système est porteur d’autonomie. Mais quand on l’interroge à propos des agriculteurs bio locaux, Hilde est catégorique. Les quelques agriculteurs qui s’y sont essayés sont heureusement toujours là, mais peu de nouveaux sont venus gonfler les rangs. “Actuellement, l’offre de lait bio dépasse la demande. Une situation qui met les prix sous pression, notamment en raison de l’importation de lait bio étranger, moins cher.“

Seppe et Hilde, eux, continuent leur travail.

Heureusement, les Belges recherchent toujours la qualité. Les gens sont aussi plus attentifs à leur alimentation et veulent donc soutenir les agriculteurs locaux. “Nous désirons évoluer vers des vaches pleinement élevées en troupeau“, explique Seppe. “Cela signifie laisser les veaux beaucoup plus longtemps avec leur mère afin qu’ils conservent leur comportement naturel. C’est tout simplement mieux pour eux. Vous savez, le bio ne concerne pas seulement les méthodes de production. C’est également très lié au paysage, au soin porté aux animaux, à l’impact social, etc.“

“Je vais être honnête avec vous: nous ne serons jamais d’incroyables cultivateurs de céréales.“

Il apparaît évident que nous discutons avec des entrepreneurs qui décident de la prochaine étape de manière plutôt impulsive. Hilde y reviendra à plusieurs reprises. “Ici, on fait tout avec le cœur. Peut-être qu’on devrait être un peu plus réfléchis.“ Moui. Ou non? Hilde et Seppe sont tout sauf inactifs. Leur petite exploitation agricole compte désormais sept employés et une clientèle régulière peut aujourd’hui trouver leurs produits dans six magasins à Bruxelles et environs, sur trois marchés, se les faire livrer à domicile ou encore se rendre dans la boutique de la ferme où ils pourront acheter de la charcuterie, du yaourt et de glace. Laissons-les donc faire comme ils veulent, ces deux-là.

La vie à la ferme est une vie de famille.
La vie à la ferme est une vie de famille.

Une dernière question, et non des moindres: comment Seppe et Hilde se sont-ils retrouvés dans le Réseau Céréales? “Vous êtes d’abord venus nous voir, vu que par içi les agriculteurs bio ne courent pas les rues. Si nous étions déjà un peu impliqués dans la culture céréalière et que nous avons beaucoup appris depuis, je vais quand même être honnête avec vous: nous ne serons jamais d’incroyables cultivateurs. Mais votre drêche est tellement importante pour nous. Puis, il faut bien l’avouer, c’est satisfaisant de pouvoir dire: ‘nous avons contribué à cette gueuze‘.”

La circularité est ancrée dans leur cœur. Seppe et Hilde vendent du grain et rachètent de la drêche nutritive. Et la saison de brassage du lambic alterne parfaitement avec la saison du trèfle. Ainsi, la boucle est à nouveau joliment bouclée.

Bioboederij Dubbeldoel
Zwartschaapstraat 5
1755 Gooik
https://dubbeldoel.be